
Walygator : Une journée catastrophique dans un parc
10h46. Cinquante-six minutes après mon arrivée à Walygator Sud-Ouest, je n'ai fait aucune attraction et je n'ai même pas commencé à faire la queue. En revanche, j'ai déjà payé 14 euros de casiers, croisé un tube de crème solaire à 26,90 euros et appris que je ne pouvais plus retourner à ma voiture. À quelques centaines de mètres, Titan, une montagne russe à 6 millions d'euros annoncés avec une chute à 97 degrés, est magnifique… et fermée. Je revenais pour redonner sa chance à ce parc. Chronomètre en main, voici pourquoi ce n'est pas le matériel qui rate une journée : c'est tout le reste.
Une vidéo de la chaîne Parzy — l'envers du décor des parcs d'attractions.
S'abonner à la chaîne parcs1. Pourquoi je suis retourné à Walygator Sud-Ouest
Ce parc, je le connais : j'y allais souvent, parce qu'il est à une heure de chez moi, et c'était à chaque fois le pire parc que je faisais. À force d'être déçu, j'ai arrêté d'y aller, il y a un bon moment.
Depuis quelque temps, j'entends dire que Walygator Grand Est s'améliore (je ne l'ai pas vérifié moi-même, je n'affirme rien). Si le grand frère bouge, le petit frère du Sud-Ouest avait peut-être suivi, et mes souvenirs dataient : mieux vaut vérifier que camper sur un jugement périmé. J'y suis donc retourné, sans arrière-pensée. C'était catastrophique.
Direction Roquefort, dans le Lot-et-Garonne, à quelques kilomètres à l'ouest d'Agen, à mi-chemin entre Bordeaux et Toulouse. Le parc ouvre le 24 avril 1992 sous le nom de Walibi Aquitaine, le plus petit des Walibi, dans un domaine boisé de 30 hectares avec un château du XVIIIe siècle. Le groupe espagnol Aspro le rachète en janvier 2015 ; la licence du nom Walibi expirant le 31 octobre 2020, il devient Walygator Sud-Ouest en 2021. Aujourd'hui : une vingtaine d'attractions et autour de 300 000 visiteurs par an. Et je le précise, parce que ça va compter : je ne vais rien reprocher à ce parc qui demande un budget qu'il n'a pas. Je vais lui reprocher exactement l'inverse.
2. Sortie définitive, casiers et crème solaire : les 56 premières minutes
9h50, le parc ouvre à 10h. Le plan de beaucoup de familles : attractions le matin, pique-nique le midi, parc aquatique l'après-midi. C'est ce que le parc vend : du 13 juin au 6 septembre, le billet donne aussi accès au parc aquatique voisin.
Et puis on nous annonce que la sortie est définitive. Impossible de retourner à la voiture. Il faut donc tout sortir du coffre dès 10h : maillots, serviettes, crème et pique-nique. Les conditions générales de vente l'écrivent noir sur blanc, et la FAQ conseille de prendre tous ses effets avant d'entrer.
Où poser tout ça ? La même FAQ parle de casiers à louer à la boutique du parc, 5 euros la journée plus 2 euros de caution. Sur le terrain, ce matin-là, on nous renvoie vers la consigne du parc aquatique, qui n'ouvre qu'à 10h30, et on nous prévient qu'il n'y a plus de casiers côté parc, sans savoir si on en aura un. Les casiers sont tout petits : pour une famille de quatre, il en faut deux.
14 euros déboursés : 5 euros par casier plus 2 euros de caution chacun, soit 10 euros de location et 4 euros rendus en fin de journée.
10h46 : arrivé à 9h50, pas une seule file d'attente commencée.
26,90 euros : le prix affiché d'une crème solaire basique qu'on trouve partout ailleurs entre 8 et 12 euros.
Le parc écrit que l'utilisation des casiers n'est pas obligatoire. C'est exact. Mais essayez de faire un tour de Boomerang avec deux sacs de piscine et des serviettes sous le bras. Facultatif sur le papier, inévitable dans la vraie vie, et impossible à contourner puisque la voiture est interdite. Pris isolément, 10 euros, ce n'est rien, et chaque règle se défend ; empilées, elles fabriquent un client captif qui sort son portefeuille.
3. Le Boomerang : un rescapé de Zygofolis devenu fluide
Première attraction : le Boomerang, l'attraction phare visible de la route, construite pour un parc mort. Le 1er juillet 1987, à Nice, un Boomerang Vekoma ouvre à Zygofolis, le premier de France, trois ans après celui de Belgique. Après la faillite et la fermeture de ce parc, le groupe Walibi rachète ses attractions, et le Boomerang rouvre à Agen le 24 avril 1992, jour de l'inauguration de Walibi Aquitaine : plus vieux que le parc de cinq ans, un survivant de l'un des plus gros fiascos des parcs français.
Ce modèle de série Vekoma du début des années 80 tracte le train en arrière sur une tour inclinée à environ 45 degrés (câble et chariot), le lâche dans une double inversion latérale et un looping, le remonte sur une seconde tour par une chaîne, puis refait tout à l'envers : six passages tête en bas. Le parc communique sur 38 mètres de haut, deux mètres et demi de plus que la base de données de référence.
Ces Boomerang ont la réputation de taper épaules, oreilles et tête. Surprise : un tour étonnamment fluide. Premier point positif de la journée. L'explication est dans le matériel roulant : le train rouge d'Arrow Dynamics venu de Nice a roulé ici jusqu'en 2013, et depuis 2014 la machine tourne avec un train Vekoma de génération récente. Le rail date de 1987, mais pas ce que vous avez sur les épaules. Quelqu'un a sorti le chéquier pour rendre l'attraction supportable.
4. 420 secondes entre deux trains : le Boomerang à 32 % de sa capacité
Dans la file, j'ai chronométré. À 11h29, parc bien rempli, j'ai mesuré environ 420 secondes entre deux trains, soit 7 minutes. C'est une mesure à la montre sur une matinée, pas un audit, mais l'ordre de grandeur est incontestable :
le cycle dure 1 minute 48, soit 108 secondes : le train reste donc environ 312 secondes à quai, presque trois fois plus de temps arrêté qu'en mouvement ;
420 secondes, c'est 8 départs et demi par heure ; à 28 places, 240 places offertes par heure contre 760 théoriques pour ce modèle, soit 32 % de la capacité un samedi ;
il manque 520 places par heure : si la cadence tient de 10h à 19h, ce sont 4 680 places qui n'existent pas sur une seule attraction.
Pendant ces 312 secondes : vider, remplir, abaisser et vérifier les harnais de 14 rangées. Avec un seul opérateur, ça prend le temps que ça prend ; avec deux partant chacun d'un bout, c'est nettement plus court.
Et sur ce parcours navette, impossible de cacher un mauvais dispatch derrière un train supplémentaire : il n'y a qu'un train, le temps passé à quai, c'est la capacité. Pour vous, dans la file, avec 200 personnes devant : 50 minutes d'attente à 240 places par heure, 16 minutes à 760. Trente-quatre minutes gagnées ou perdues selon la vitesse à laquelle on fait partir le train.
La capacité théorique n'est jamais atteinte, et PortAventura traîne une réputation d'opérations très lentes. Ici, c'est pire : un parc régional de 300 000 visiteurs qui met 7 minutes à faire partir un train n'a aucune foule à absorber. Il a juste une file qui ne bouge pas.
5. « C'est normal d'attendre » : non, et voici le chiffre
Ma vidéo sur Walygator Grand Est, ce parc dont on dit aujourd'hui qu'il s'améliore, m'a valu d'être détruit en commentaires. Je crois comprendre pourquoi, sans insulter personne : beaucoup de gens qui défendent ce parc ne vont pas dans d'autres parcs. Sans point de comparaison, impossible de savoir que la machine devant laquelle on poireaute peut avaler le triple de monde. Personne ne vous l'avait montré. Maintenant, vous avez le chiffre.
Je n'ai rien contre ceux qui aiment ce parc, mais dès qu'il y a du monde, il devient ingérable. Ce n'est plus un avis, c'est 240 contre 760. Et accélérer un dispatch ne coûte pas 6 millions d'euros : un opérateur de plus au contrôle des harnais, une consigne claire, une formation de 15 minutes au briefing du matin. Le levier le moins cher, et celui qu'on ne tire pas.
6. La Mine de Thor : un wild mouse violent à deux wagonnets
Cent mètres plus loin, deuxième démonstration. La Mine de Thor, ouverte en 2002 sous le nom de Zig Zag, rebaptisée Scratch en 2011 puis Mine de Thor en 2021, est un wild mouse du constructeur italien Zamperla : 270 mètres de rail, un wagonnet de quatre places en deux rangs, une simple barre ventrale, 1,20 mètre minimum.
En pratique, les derniers virages sont ultra violents : on se prend des coups, et ça fait vraiment mal. Ne la faites pas si vous êtes sensible. Sans inclinaison du rail pour transformer la force latérale, tout part dans le bassin, avec une retenue qui ne tient ni épaules ni hanches. Les wild mouse Zamperla de cette génération sont réputés durs, et les amateurs classent cet exemplaire parmi les plus violents du monde.
Mais un paramètre dépend entièrement du parc : le samedi 8 août, en pleine haute saison, il n'y avait que deux wagonnets de quatre places en service. Sans fiche constructeur, je ne chiffre pas la capacité, mais deux voitures un samedi d'août, ce n'est pas une fatalité : c'est un choix.
7. Titan : un Euro-Fighter à 97 degrés… sans date d'ouverture
Titan, la nouveauté encore en chantier, rend très bien. C'est un Euro-Fighter ouvert le 13 avril 2006 à Oakwood Theme Park, au pays de Galles, sous le nom de Speed: No Limits. La plus haute, la plus rapide et la plus inclinée du pays de Galles, et le plus haut et plus rapide Euro-Fighter du monde jusqu'à une ouverture à Hansa Park en 2009. Coût à l'époque : environ 3 millions de livres. Elle ferme le 3 novembre 2024, Oakwood ferme définitivement en 2025, et, le parc gallois relevant du même groupe Aspro, la machine est démontée en octobre 2025 et déménagée.
Le tracé : 600 mètres, un lift vertical de 35 mètres, une chute à 97 degrés, au-delà de la verticale, puis airtime, virage surincliné, looping vertical, frein intermédiaire, heartline roll à basse vitesse et hélice finale.
Les chiffres : 95 km/h, jusqu'à 4,5 g, deux inversions, 1 minute 30, et une capacité théorique annoncée de 800 personnes par heure.
Sur le papier, c'est une excellente nouvelle. Et ce n'est pas qu'un simple déménagement d'occasion : 3 millions de livres de 2006, corrigés de l'inflation britannique, font autour de 6 millions d'euros, à peu près le montant annoncé pour tout le projet.
Ce qui rend la suite incompréhensible. Le 8 août, aucune date d'ouverture annoncée, à part « été 2026 ». Techniquement, l'été court jusqu'au 22 septembre. Mais le 16 avril, lors de la conférence de presse d'ouverture de saison, la presse écrivait que Titan devait ouvrir avant l'été, après une phase de tests. Un chantier en retard, ça arrive à tout le monde ; ne pas le dire, c'est un choix.
Surtout, 800 personnes par heure avec quatre voitures de 8 places, c'est 100 départs par heure : un départ toutes les 36 secondes, en continu. Dans un parc où j'ai chronométré 420 secondes sur le Boomerang. J'y serai à l'ouverture, et j'ai envie qu'elle soit bonne. Mais une belle machine dans un parc mal exploité, ça donne une belle machine avec deux heures d'attente.
8. Dix minutes sanglé dans un train vide : du jamais-vu
Fin de journée, le parc sec s'est vidé vers le parc aquatique. Dernier tour de Boomerang, zéro file. Je m'assois, le harnais est vérifié… et il ne se passe rien. Dix minutes assis, harnais fermé sur les épaules, parce que les opérateurs attendaient que le train se remplisse. Et on est partis à moitié vide. J'ai fait beaucoup de parcs, y compris quasi vides : je n'avais jamais vu ça.
Grouper les passagers pour économiser des cycles se défend. Mais on fait patienter les gens dans la file ou sur le quai, libres de leurs mouvements, en annonçant le prochain départ au micro. On ne les enferme pas dans un harnais d'épaules, au soleil, pour attendre des clients qui ne viendront peut-être jamais.
Le matin, parc plein, 420 secondes entre deux trains ; le soir, parc vide, dix minutes d'attente : aucune logique de débit. Le vrai diagnostic : ce n'est pas qu'ils exploitent mal, c'est que personne ne pilote. Pas de consigne, pas d'objectif, pas de cadence, pas de seuil de décision.
9. Verdict : un parc qui a un problème avec tout ce qui est gratuit
Ce parc n'a pas un problème d'investissement : il vient d'en engager 6 millions. Ni de patrimoine : domaine boisé, château, arbres partout. Il a un problème avec tout ce qui est gratuit : laisser retourner à la voiture, mettre assez de casiers, ne pas afficher une crème solaire au double de son prix, laisser attendre debout plutôt que sanglé, annoncer une date d'ouverture. Un opérateur de plus ou un troisième wagonnet coûtent quelque chose, mais rapportez-le à 6 millions d'euros. Personne ne demande à un petit parc régional de 300 000 visiteurs un coaster à 30 millions ; on lui demande d'ouvrir le portique dans les deux sens et d'appuyer sur le bouton plus souvent.
En l'état, je ne recommande pas cette journée à une famille qui roule plus d'une heure : le rapport entre ce que vous payez et le nombre d'attractions réellement faites n'est pas bon. J'y retournerai quand même pour Titan, parce qu'un tracé de Stengel à 97 degrés ne se refuse pas. C'est ce qui rend la journée si frustrante : je suis le client le plus facile qu'ils puissent avoir, et j'étais revenu exprès pour leur redonner une chance.
Envie de revivre cette journée chronomètre en main ? Retrouvez l'enquête complète dans ma vidéo : Walygator : Une journée catastrophique dans un parc
Parzy
Créateur · Parzy
Créateur de cette vidéo. L'envers du décor des parcs d'attractions.
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